LES AVENTURES DE ROGER DU BULBE SUR LA MER DES POSSIBILITES
ANARCHISTE-CONSTIPE.OVERBLOG.COM
4) LA MER D’ENCRE :
Après douze heures passées au milieu des moustiques sur la Mer de Merde, douze heures qui au final se révélèrent plus qu’agréables, Mélanie se prend une bonne douche pour se débarrasser des piqures. Elle est stupéfaite par cette douche, sans savon elle en ressort complètement lavée et plus incroyable encore, toutes les piqures ont également disparues.
- (mélanie) C’est excellent comme douche. Y a quoi avec l’eau ? Un savon ? Un antiseptique ou un produit miracle ?
- (roger) Non, ce n’est pas de l’eau, c’est de l’urine de Bill.
- (mélanie)Comment ça de l’urine ! ? Me dis pas que c’est l’Annuaire qui m’a pissé dessus !
- (roger)Mais non pas Bil le livre de voyage, Bill, c’est le diminutif de Bilboquet, le bateau.
- (mélanie) Ahh… ouf… tu m’as fait marcher, c’est l’eau du bateau.
- (roger)Mais non, pourquoi tu crois toujours que je te fais marcher. Le Bilboquet est un enfant des mers infinis, il est vivant, comme toi et moi, mais lui ce n’est pas un humain et Bil, le livre de voyage, en fait partie aussi. C’est la même entité mais ils sont différents, par le corps et par l’esprit.
- (mélanie)Tu veux dire que le bateau est vivant et qu’il ce sert des douches comme toilettes ?
- (roger)Tu n’a pas compris, il n’est pas organique comme nous et son urine n’est pas un déchet, elle a de nombreuses qualités comme tu as pu t’en rendre compte. Il n’y a rien de sale.
- (mélanie)Bien sur et sa merde c’est du foie gras !
- (roger)Ca peut l’être, le générateur consistant nous fournit une grande partie de ce que nous consommons.
Sans se rendre compte du désarroi et du dégout de Mélanie, Roger s’en va d’un pas léger avec cette nonchalance que ne renierait pas un dandy et qui le caractérise si bien. Une heure plus tard, Mélanie fait toujours la tête dans la salle à manger mais il faut dire que Boulba lui tient compagnie avec toute la tendresse qu’elle a pour elle.
- (boulba)Tu croyais quoi Neurone Albinos, que la nourriture et l’eau arrivaient par magie ?
- (mélanie) Ben non mais je croyais que c’était recyclé ou un truc dans le genre.
- (boulba)Recycler ça veut dire purifier tes déchets pour les réabsorbés. Quand c’est bien fait ça ne représente aucun danger pour la santé mais foncièrement c’est quand même moins propre qu…
- (roger)Mesdames, nous y somment, la Mer D’encre nous attend !
- (boulba)Très cher Roger, vous êtes un seigneur. Je vais me préparée tout de suite.
- (roger)Rien n’est trop beau pour ma plus fidèle amie, tu le mérite amplement.
- (mélanie) J’croyait qu’on allait pouvoir se baigner ! ? Je veux pas être toute bleu.
- (roger)N’ayez craintes, c’est ce que nous allons faire.
Roger l’entraine sur le pont où Mélanie reste sans voix. Le bateau se trouve sur une mer
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solide qui ondule presque imperceptiblement. Elle se penche pour regarder par dessus bord et remarque alors que l’horizon est une surface plane qui ressemble aux pages d’un livre, des milliers et des milliers de pages collées les unes aux autres pour former ce paysage surréaliste.
Boulba arrive alors sur le pont, elle s’est faite un corps féminin très avantageux et a revêtu une longue robe en dentelles surmontée d’un large chapeau.
- (roger) Boulba, honneur aux dames.
Elle s’avance près du bord et sans hésitation plonge pour disparaître.
- (roger)N’aie crainte, ne te pose pas de question et plonge. Croie moi tu ne le regretteras pas.
Mélanie s’approche, cesse de réfléchir, ce qui n’est pas vraiment dur pour elle en fait, et plonge. Au lieu de ressentir le choc de ces pages ondoyantes, elle se retrouve dans un pré en pleine campagne. Un ciel bleu orné d’un grand soleil, de l’herbe verte parsemée de quelques chênes centenaires, un chemin de terre conduisant à une colline où trône un château, tel est le spectacle qui s’offre à ses yeux ébahis.
- (mélanie) C’est… c’est pas vrai… on est où là ?
- (roger)Dans une histoire, c’est ça la Mer D’encre, on ne lit pas un livre mais on le vit. C’est fantastique non ?
- (mélanie) Ah ben ça, pour être fantastique…
- (roger)Vous ne reconnaissez pas ? Le château ? La vallée et puis… ah tiens le voilà, ce chevalier ?
- (mélanie) Non, ça ne me dit rien.
- (roger)Le chevalier Choulbert.
- (mélanie) Non vraiment je connais pas.
- (roger) Mais voyons, le chevalier aux pieds plats de La Fontaine. L’histoire tragique et héroïque d’un enfant né dans la noblesse du quinzième siècle, destiné à devenir combattant, à devenir chevalier malgré son handicap et qui réussira à force de courage et contre les railleries à devenir danseur de claquettes, ne me dites pas que vous ne connaissez pas cette histoire , ils ont même dû en faire des films.
- (mélanie) Franchement ça ne me dit rien du tout.
Grand brun les cheveux courts avec une petite barbe, habillé d’une armure étincelante, chevauchant un destrier blanc mais le visage ravagé par la terreur et le fatigue, le chevalier arrive à leur portée.
- (choulbert) Fuyez gentes dames, il n’y a que la mort qui rôde en ces lieux.
- (boulba)Que dites vous et où son vos compagnons, où est Aldric le barde ?
- (choulbert) Il est mort, comme la plupart des gens de cette contrée.
- (mélanie) C’est ça votre histoire ? Vous auriez pu choisir quelque chose de plus gai.
- (roger) Je ne comprends pas, ce n’est pas ça l’histoire. Chevalier, que s’est il passé ?
- (choulbert) Elle est apparue il y a deux lunes, cette créature vient des enfers, elle a dévoré tout le monde ou presque. Nos armes sont inefficaces contre sa magie, les chevaliers les plus braves sont tombés les uns après les autres. Tout ceci est ma faute, je suis maudit je me dois de quitter ces terres en espérant qu’elle me suivra.
- (roger) Pourquoi seriez vous maudit ?
- (choulbert) Elle refuse de me tuer. Je l’ai combattu durant tout ce temps mais rien n’y fait.
Elle dévore les autres et me laisse la vie sauve, comme un dernier outrage à mon honneur.
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- (mélanie) Ah si, je connais ! Mais ça se passait dans le grand nord avec des esquimaux, le roi était maudit et Christophe Lambert venait le sauver. Ca s’appelait Biwuf ou Beauvauf, un truc dans le genre.
- (roger) Non ce dont vous parlez c’est Beowulf, c’était avec des vikings et c’est pas la même histoire. A moins que les deux histoires se soient télescopées… c’est vrai qu’il y a quand même des ressemblances frappantes.
- (mélanie) Vous voulez dire que les histoires sont capables d’avoir des rapports sexuels et de faire des petits ?
- (roger) Mais de quoi vous parlez ?
- (mélanie) Ah non rien… j’ai cru que… enfin c’est pas grave.
- (choulbert) Suivez mon conseil et fuyez, rien de bon ne vous attend là bas.
- (roger) Ne craignez rien pour nous chevalier. Nous somment nous même détenteur d’une grande magie et nous allons vous aider. Montrez nous où se trouve cette créature.
- (boulba) C’est ça ! Amène moi vers la pétasse qu’a touchée mon Aldric que j’en fasse du yaourt.
Après une heure de marche durant laquelle ils ne croisèrent pas âmes qui vivent, fussent-elles des insectes, ils arrivèrent en haut d’une butte. En contrebas se trouve une belle et frêle jeune femme habillée d’une magnifique robe de satin blanc aujourd’hui souillée et déchirée. Trois corps gisent autour d’elle dont un qu’elle est en train de dévorer. En y regardant mieux ils se rendent compte que son beau visage porte les stigmates et la blancheur de la mort.
- (mélanie) C’est quoi ce truc ? ?
- (roger) C’est… c’est une muse.
- (mélanie) Une muse ? C’est pas censé être gentille, aider les artistes ?
- (roger) Si ! Une muse est une créature ésotérique, née de l’imaginaire, elle entretient et nourrie la création d’artistes de génie. C’est fondamentalement et techniquement une créature fantastique.
- (mélanie) Alors pourquoi détruit elle cette œuvre ?
- (roger) Parce que c’est un zombie, c’est une créature stupide qui détruit tout ce qu’elle approche.
- (mélanie) C’est un George Bush déguisé en gothique quoi.
- (boulba) C’est quoi un George Bush ?
- (roger) C’est un gros con sur Terre mais trêve de plaisanteries, nous devons trouver un moyen de la détruire !
- (boulba) Je peux le faire si tu veut, ça me fera même plaisir.
- (roger) Non. C’est trop dangereux, même pour toi, on ne sait pas ce qu’elle vaut.
Pendant qu’il réfléchit, Roger est distrait par Mélanie qui parle toute seule à voix haute.
- (mélanie) … une Mubie… ou une Zombuse… ou un…
- (roger) Mais qu’est que vous faites ! ?
- (mélanie) Ben j’essaie de lui trouver un nom. Si c’est un zombie et une muse il faut savoir comment l’appeler. On doit dire un ou une à votre avis ?
- (roger) Arrêtez tout de suite espèce d’idiote, il ne faut surtout pas la nommer ! Cette créature n’existe pas !
- (mélanie) Si elle n’existe pas c’est quoi qu’on a en face de nous ! ?
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- (roger) C’est une erreur et nous allons la corrigée ! Comprenez qu’une Muse est source de création alors qu’un Zombie est source de destruction. Ce que nous avons sous les yeux est une aberration et si nous faisons ce qu’il faut, celle ci disparaitra à tout jamais. Si vous la nommée ou si nous la considérons comme une créature tangible, elle prendra alors vie dans la réalité et d’autres, comme elles, pourront apparaitre. Vous ne connaissez pas cette histoire car elle l’a détruite et votre monde ne l’a donc jamais connu. Elle est pour l’instant coincée ici, c’est pour cela qu’elle a épargné le chevalier Choulbert, c’est le héros de cette histoire et si elle le détruit elle détruit toute l’histoire. Nous devons agir avant qu’elle ne soit capable de se transporter. C’est toute la création littéraire qui est en jeu.
- (mélanie) D’accord mais on fait comment pour tuer une Muse ?
- (boulba) Eh mais je te surestime quand je t’appelle Neurone, c’est Semoule que je devrais dire. On a en face de nous une saloperie qui est à moitié Muse donc gentil et vivant, et à moitié Zombie donc méchant et mort, et toi tu veux tuer la meilleure moitié, sans oublier le fait que tuer la partie vivante ne dérangera pas la partie mort-vivante.
- (mélanie) Non mais je disais ça parce que tuer un Zombie c’est facile y suffit de lui détruire le cerveau. Enfin dans les films c’est ce qu’y font.
- (roger) Mais oui elle a raison, les films sont des histoires tout comme les livres et ce qui marche pour l’un… Laissez moi réfléchir un instant… voilà !
Roger s’agenouille et sort de sa poche un objet qui ressemble un peu à un tournevis ou à un gros stylo. Il règle celui ci et une lumière bleutée en jaillit. A l’aide de celle-ci il trace un carré dans l’herbe puis retire celui-ci comme si c’était une plaque de carrelage. En dessous ce trouve la même matière qui recouvrait la Mer D’encre, une sorte de papier ondulant, à la différence que celui-ci est vierge. Il manipule son outil jusqu’à ce qu’une lumière bleu en sorte puis il se met à écrire. Quelques instants plus tard apparaît à leurs cotés un ogre de plus de deux mètres cinquante. Il a un crâne épais, le front plat et deux canines qui recouvrent sa lèvre supérieure, le tout protégé par un casque de métal surmonté de cornes bovines. Un corps trapu avec des épaules larges, recouvert d’une armure de cuir renforcée de quelques plaques de ferraille aux endroits sensibles. Dans sa main velue aussi large que les épaules de Mélanie, il tient un marteau de guerre gigantesque, une arme sommaire sans aucune décoration et qui pourrait bien servir à concasser des voitures.
- (roger) Salut à toi Ghorttakk. Mes amis je vous présente Ghorttakk L’impatient, chevalier ogre de la septième maison du carnage.
- (ghorttakk) Ssalut Rroger, ssa fesait llongtemps.
- (roger) Désolé de te déranger mais on a un petit problème. Tu vois cette créature là en bas… c’est un zombie et il faut absolument l’arrêter. Pour cela il faut que tu lui détruises le cerveau.
- (ghorttakk) …Euhh ?
- (roger) La tête, il faut que tu lui éclate la tête.
- (ghorttakk) Okk … mmais…
L’ogre se penche vers Roger et lui parle à l’oreille.
- (roger) Ah… bien sûre pas de problème, tu peux y aller.
Roger se remet alors à écrire pendant que l’ogre descend la butte. Arrivé en bas une dizaine de soldats Romains avec armes et boucliers apparaissent à ses côtés.
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- (mélanie) Vous lui avez envoyé des renforts ? Vous pensez qu’il n’est pas assez fort ?
- (roger) Ah non ça s’est un amuse gueule qu’il m’a demandé, histoire de se mettre en appétit, on l’appelle L’impatient mais Le Gourmand lui irait mieux.
Désabusée puis consternée, elle assiste au carnage d’un ogre écrasant les soldats les uns après les autres avec l’entrain d’un enfant qui s’amuse. En moins de deux minutes les dix Romains sont terrassés et l’ogre exultant se précipite sur la Zom… (y faut pas la nommée, ouf j’ai eu chaud, un peu plus et je me retrouvais avec une nouvelle copine). Arrivé vers elle il subit le même sort que les autres et se fait dévorer.
- (roger) Mais c’est pas possible ! C’est l’homme le plus fort que je connaissais. Comment a-t-elle pu ?
- (mélanie) S’cuse moi mais tu peux écrire ce que tu veux là dessus ?
- (roger) Oui pourquoi ?
- (mélanie) Lui envois pas un homme, envois directement un train.
- (roger) Mais oui ! C’est brillant.
- (boulba) Maintenant que tu brilles Neurone je ne peux plus t’appeler Semoule. Tu préfères Grain de Sel ou de Sucre ?
Roger réécrit puis un rail apparaît, un train les dépassent à vive allure fonçant sur la chose… ils retiennent leur souffle… et puis chouquette, cacahuète, rasta nièt, que dalle, du bambou dans la soupe, elle stoppe le train et commence à le détruire, comme si elle l’aspirait.
- (boulba) Mais c’est pas possible, c’est quoi cette saloperie.
- (roger) J’ai une idée, Boulba transforme toi en embarcation je vais lui envoyer toute une flotte de navires, elle ne pourra pas tous les absorber ni même les éviter. Quand à nous, nous allons devoir sortir d’ici dès que ça va commencer, tiens toi prête à nous ramener.
Boulba enlève sa robe et se met à se contorsionner jusqu’à ce que son corps devienne à demi liquide puis il se met à changer de nouveau pour ressembler à un petit canot, un petit bateau. Oubliant son maintient habituel pour rester belle, Mélanie, stupéfaite, arbore la face de l’attrape mouche. Les yeux vides semi-ouverts, les sourcils et la mâchoire en arrière, la bouche ouverte avec un très léger râle. Avec ses bras-pagaies, Boulba l’embarque avec Roger quand celui-ci met un point final sur une page déjà bien remplie. En une fraction de seconde le paysage change et ils se retrouvent sur une mer démontée. Face à eux, une flotte de navires aussi disparates qu’insolites navigue à vive allure. Un galion Espagnol du dix-septième siècle, un porte-avion nucléaire voguant de concert avec un supertanker, voici quelques un des plus gros vaisseaux qui fonçaient sur la bestiole dépitée d’avoir perdu son train. Le trio quitta rapidement cette réalité pour ne pas être heurté par cette invincible armada. Debout sur une mer en furie, le regard vide d’yeux morts depuis des éons, la bouche arborant un rictus malsain, prélude à une orgie sans nom, l’aberration, la créature à qui le non-sens donnait vie se tenait prête à festoyer. Elle qui se préparait à mourir ayant épuisé toute les ressources de son monde, on lui offre aujourd’hui une pléthore de friandises. Elle se place face à un petit chalutier qu’elle aspire tel un amuse gueule. Vient ensuite un croiseur militaire de la seconde guerre qu’elle savoure à peine, pressée de passer à la suite qui est un navire en bois de type coloniale et … PAF ! ! ! la Muse.
Roger a fait passer le Bilboquet à l’intérieur de l’histoire car si la créature était capable de digérer tout ce qui en faisait partie, elle ne pouvait rien face à de la matière solide, tangible. Il ne restait plus d’elle qu’une tache d’encre rouge à la proue du bateau.
- (bil) Ah merde ! Je crois que j’ai vogué dans quai’que chose.
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