CAP’TI
« La plénitude est un sentiment bovin mais bien qu’il soit très agréable, il ne saurait être un but en soi sous peine d’inversion. »
· EDDY :
22h28, le soleil est levé depuis un bon bout de temps sur la cité et pour être plus exact il s’est couché depuis près de quarante minutes. Les grandes artères de la ville se sont vidées de leur chargement contrairement à celles de ses dirigeants qui sont toujours obstruées par la graisse d’une vie de corruption. Vie qu’ils ont pensé vouée à eux même ou à leur réussite, alors qu’elle n’a fait que servir les desseins d’un dieu fou ignorant sa propre existence.
Dans une ruelle adjacente à un centre commercial, un clochard nommé EDDY avec son baluchon est en train de se faire uriner sur la jambe par un pitt bull de 43 Kg 7. Pendant que l’animal fait son affaire, EDDY regarde le ciel et se demande combien d’étoiles ont vues la scène.
Après cet incident il se remet en marche à la recherche d’une ruelle ou le vent souffle. Il adore la vitesse mais comme il n’est pas très rapide et qu’avec son cerveau il lui est interdit de conduire un véhicule, y compris les trottinettes, il cherche le vent pour trouver son bonheur.
Deux rues plus loin, de grandes rafales décollent ses cheveux de ses tempes malgré une graisse naturelle plus efficace que le meilleurs des gels coiffant.
Il devrait être heureux que la caresse du vent lui fasse oublier celle de ses puces, mais contre toute évidence, EDDY n’est pas un con et il sait déjà que ce plaisir va lui coûter cher !
D’un autre coté, ne pas profiter de l’instant présent parce que l’on sait que l’avenir sera pire, c’est comme refuser le plaisir pour se garder plus de temps pour souffrir.
C’est la philosophie basique de l’être humain. L’esprit de l’homme est comme une paire de couilles. Elles passent leur temps à s’entrechoquer de manière désagréable voire douloureuse mais lorsqu’à l’occasion elles arrivent à fonctionner ensemble, le plaisir ressenti est tel que tout le passé est oublié. Je dirais même plus, l’espoir qu’elles puissent servir un jour justifie une vie entière.
Appelez les couilles, ying et yang, dieu et Satan, le bien et le mal, le passé et l’avenir, l’eau et le vin, la drogue et le sport, vous pouvez leur donner le nom que vous voulez, il s’agit de la dualité de l’homme. Tout le monde y est sensible, hommes et femmes, cependant, certains individus ont dépassés le stade animal et ils ne sont pas confrontés à la dualité mais à l’infini d’une causalité réduite ou pour faire simple, ils ont un grand nombre de couilles à faire tenir dans un string. Chose au combien désagréable s’il en est.
EDDY est de ceux là et dans un environnement qui lui est étranger depuis sa naissance, il se perd en conjectures et reste incompréhensible pour ceux qu’il croise.
C’est ainsi qu’au lieu d’apprécier le vent qui rafraîchit ses tumeurs, il regrette le molosse qui lui urinait dessus il y a peu, en temps terrestre.
· FRANCK :
22h28, l’air est frais et la nuit vient de tombée après une journée de grisaille mais dans la tête de Franck c’est une journée magnifique. Une des plus belles qu’il ait vu et ça n’allait pas s’arrêter là. Il vient de sortir de prison et l’air frais, les grands espaces mêlés à la liberté de mouvement l’ont rendu comme une jouvencelle à un bal de fin d’année.
L’avenir s’offre à lui et il est disposé à n’en perdre aucune goutte.
Tout jeune déjà, il aimait se ballader, mais bien qu’il appartienne à la masse, il n’avait jamais eu l’instinct grégaire, ce qui lui valut les reproches de ces paires. Malgré les interdictions, les punitions et les sermons, il avait gardé son esprit de contradiction et sa liberté d’action mais devant autant de détermination la société n’avait rien trouvé de mieux que de le mettre en prison. Pour une raison futile, pour quelque chose qu’il n’avait même pas fait, ils le prirent et le condamnèrent coupable pour ceux qu’il n’avait pas voulu dénoncé.
Une autorité impersonnelle et imparfaite avait jugé après l’heure du repas qu’en ne les dénonçant pas il se rendait complice et qu’en fin de compte ; un petit séjour derrière les barreaux le remettrait en place et lui apprendrait à bien se tenir.
Dans cette société soi disant démocratique, la prison faisait office de fosse sceptique.
C’était la dernière erreur, tout ce qui avait été fait de travers, de la politique extérieure comme en témoignent tous les sans papiers, de la politique anti-drogue comme en témoigne tous les sportifs qui sont devenus dealers, de la politique contre la criminalité comme en témoigne tout ces pommés qu’on retrouve avec des armes de guerre ou même de la politique tout court, comme en témoigne Franck, qui est rentré avec la conscience plus propre que le moindre curé du Vatican et qui en est ressortit, comment dire, comme il aurait du être en entrant, mauvais.
A son arrivée c’était un mec bien mais le traitement normal ; la privation de liberté, le fait de se faire systématiquement rabaisser, n’avoir droit à aucun amour propre sous peine de se faire enfermer au mitard, un cube de béton trop petit pour servir de chiotte, l’avait changé.
En plus de ces traitements visant à détruire les fortes personnalités, il avait cottoyé d’autres véritables malfrats, mais contre toute attente, ceux ci s’étaient révélés plus humains que ses gardiens, tortionnaires malgré eux et incapables de comprendre leur environnement.
Enfant solitaire aux parents absents, Franck appris à se comporter en société auprès de voyous incapables de se comporter humainement en dehors des quatres murs qui leur tenaient lieu de placenta.
C’est ainsi qu’il apprit à survivre et à profiter de la vie quitte à le regretter, C’est ainsi qu’une société bureaucratique à la limite de l’autisme réintégra un de ses sujets après l’avoir rendu aveugle au simple bon sens.
· BRIGITTE :
22h28 : Brigitte sortit de la boite de nuit avec le souffle court, son cœur lui faisait mal mais elle pouvait largement supporter celle ci car comme pour toutes les femmes, la douleur est une seconde mère. Là ou les trois quarts des hommes se seraient arrêtés pour se plaindre, elle continua son chemin en se concentrant sur sa haine.
Elle avait été une enfant calme, le plaisir et la fierté de ses parents. Les vingt trois ans qu’elle avait passé chez eux les avaient remplis de fierté, la fierté d’avoir été tranquille pendant si longtemps, la fierté face aux compliments des professeurs et face à l’envie des autres parents, mais surtout la fierté d’avoir bien éduqué leur fille comme tout bon parent doit le faire.
Le problème pour Brigitte, et heureusement qu’elle ne s’en rendait pas compte, s’était qu’ils avaient complètement merdé !
Le rôle des parents est de préparer l’enfant à sa vie, c’est à dire l’autonomie, savoir se débrouiller dans un monde d’enculés, pardon d’humain. Là dessus ils avaient foiré et dès l’adolescence elle s’était retrouvée comme Cendrillon à un casting pour film X.
Dans le village où elle a grandit les familles protègent les filles de l’extérieur et leur mettent des contes de fées plein la tête, tandis qu’elles laissent les garçons se débrouiller dehors, comme s’ils avaient la science infuse, et les couvrent lors de leurs bévues mais sans leur donner trop de conseils pour ne pas les heurter, ou les brimer, je ne sais pas quel nom donner à ce genre de connerie. Enfin bref, le résultat est qu’à l’adolescence, une période naturellement troublée, les rapports entre hommes et femmes sont rendus bien plus difficiles dans ce genre d’endroit.
Pour son malheur, Brigitte était très belle, ce qui lui amena de nombreux prétendants, mais pire que ça, elle était gentille ou naïve si vous préférez, ce qui lui causa une grande souffrance. Elle se mit à considérer l’homme comme un être mauvais et étant humaine elle même, elle perdit confiance en elle.
Elle commençait à devenir amie avec la déprime quand elle rencontra Carl, il fut si gentil qu’elle oublia qu’il était un homme. Si vous l’aviez croisé à cette époque et que vous lui aviez demandé ce qu’il y a, elle vous aurait répondu « rien ». Il n’y a rien, aucun problème, tout va bien.
Les femmes sont faites pour la vie, elles ont une force qui se passe de commentaire mais elles ont besoins d’un point d’encrage et elle se servent souvent d’un homme pour les bénéfices qu’il leur procure tout en croyant que celui ci est aussi stable qu’elle.
Cette erreur vieille comme le monde poussa Brigitte à aller voir son amour la veille de son mariage dans le bar ou il enterrait sa vie de garçon. Elle trouva celui ci torse nu en train d’essayer de téter du lait auprès de mamelles frigides.
Elle était peut être naïve mais elle savait bien que son excuse du petit déjeuner ne tenait pas debout, le silicone ne donne pas de lait.
Elle était donc repartie furieuse mais surtout malheureuse.
· 22h29 :
Brigitte marche vite et prend la ruelle comme raccourcis pour rentrer chez elle.
Franck est déjà suffisamment bourré, il ne lui manque qu’une présence féminine pour être heureux. Quand elle arrive, c’est un cadeau du ciel.
« Eh ! ! Gamine, tu sais que t’es bonne ? »
Pour la première fois de sa vie elle parle franchement.
« Alors toi ta gueule ! Si t’as une érection et une grande bite tu la prend et tu la suce comme une glace ok ! ? »
Avec son intelligence de sortie de prison et les quatre grammes qu’il a dans le sang, il l’agrippe et la plaque contre le mur.
Elle se met à hurler, plus par colère et impuissance que par peur. Le résultat ?
Un cri à faire fuir les flics. Cette sous engeance évitant les problèmes par nature.
Ils ne sont pas là pour vous protéger mais pour défendre les dirigeants. Ce sont eux qui les payent avec votre argent. Si vous avez un doute regardez qui se fait matraquer quand il n’est pas content.
Un cri retentit dans la nuit et Eddy n’hésite pas une seconde, il ouvre son baluchon, en sort un bonnet et une vieille nappe trouée dont il couvre ses épaules comme la misère le monde.
Un instant plus tard il se retrouve devant l’agresseur.
Je ne vous fais pas le détail parce que c’est pas très intéressant et qu’il y est arrivé vachement vite. Enfin y s’est gouré deux fois et s’est pris les jambes dans la queue d’un chat ce qui l’a fait tomber à terre mais sinon ça a été super rapide. Si vous ne me croyez pas j’ai un témoin, y avait un pote avec moi, enfin c’est pas vraiment un pote c’est un kangourou, on s’entraîne ensemble à la boxe. Moi j’aime pas la bagarre donc j’aime pas la boxe mais pour être honnête je commence à avoir du ventre alors je fais du sport. Mais le problème c’est que depuis quinze ans je traite de lopette tout les gars que je connais qui font du sport, du coup j’ai trouvé qu’un kangourou pour pas passer pour un con. Pardon, la suite.
Franck tient fermement Brigitte entre ses mains lorsqu’il entend une voix derrière lui :
« Sache la malot »
Franck se retourne et voit un gros tas de merde, ou plus exactement un mec très grand, très mince et habillé pire qu’un clochard. Il a un bonnet moisi qui ne cache pas son visage mais qui lui couvre les yeux et une serpillière qui aurait pu passée pour une cape si elle n’était prise dans le chêneau d’un immeuble. Ca ce voit à la manière dont Eddy met des coup d’épaules pour rester droit.
« Qu’est ce que t’as dit baltringue ? »
« Nan, je voulais dire – Lâche la salope– mais comme ma cape s’est prise dans le chêneau j’ai ripé. »
« C’est cette serpillière que t’appelles une cape ? Tu te prend pour un super héros mon blaireau ? »
Eddy se décroche alors du chêneau et répond de son air le plus digne
(enfin pour être honnête il est pitoyable mais bon je fais pas partie de l’histoire alors je me tais. En même temps comme c’est moi qui écris je trouve que vous êtes pas sympa, après tout ma vie est aussi intéressante que la sienne, mais bon, aujourd’hui tout pour la tune, y en a que pour les super héros. OK, je me tais, mais vous savez pas ce que vous ratez.)
« Ouais ! Je suis Cap Ty et tu va lâcher cette donzelle mon vilain. »
« C’est moi que tu traites de vilain le sac poubelle. »
Franck s’approche d’Eddy
« C’est quoi cet emblème sur tes tétons. Eh mais tu chlingues… Mais c’est de la merde ! »
« Ouais nan mais en fait quand j’ai entendu crié tout à l’heure, je suis venu en courant et y avait un chat, du coup je suis tombé et par terre y avait une merde de chien. Mais en temps normal c’est pas mon emblème et à vrai dire, la plupart du temps j’en ai pas sur moi. »
« Mais t’es qu’un gros crado. On va pas secourir une fille belle comme celle là recouverte de merde. Et puis… Attend mais c’est quoi cette odeur ? Tu pues la pisse ! T’es incontinente ou quoi ? »
« Nan nan c’est pas mon urine que tu sents. Enfin je crois pas mais c’est vrai que je suis pas très patient et que souvent je remballe avant d’avoir vraiment fini, c’est parce que je suis pudique. »
« Je confirme, si tu te pisses dessus t’a meilleur temps d’être pudique et de jamais la sortir. »
« Nan c’est pas ça, l’odeur que tu sents c’est la pisse d’un chien. »
« ton chien te pisse dessus ? »
« Nan mais y a un chien qui l’a fait et comme quand les autres sentent une odeur, ils se sentent obligés de la recouvrir. »
« Et tu te laisse faire. »
« Ben je suis pour la protection des animaux et même une réprimande ça pourrait leur causer un traumatisme alors.. .»
« Ah ouais, t’es pas la moitié d’une merde. »
« Trop fort le jeu de mot, tu sais que pour un vilain t’es sympa. »
« Me traite pas de vilain l’étron, je vais devenir violent et tu vas finir par regretter que ton papa ait épousé ta maman ! ! ! »
« Je craints rien comme ma mère est une pute, personne ne l’a jamais épousé et mon père je le connais pas mais quand elle a voulu le faire chanter avec des test ADN, c’est elle qui a fini en prison pour cruauté envers les animaux.. »
« Mais t’es qui toi ? »
« Moi j’suis Eddy, enfin Cap’Ty quand j’ai le bonnet et la loi qui protègent les tortues marines s’appliquent aussi à moi ! »
« Tu craints trop gars, même après huit ans de zonze tu m’as coupé la trique. Je m’casse. »
Franck par alors vers une autre cuite
« Et ouais mon gros tu viens de tomber sur Captain Pitié et tu la ramènes moins. N’ayez plus peur Ginnette je suis là. »
Consternée Brigitte regarde la loque qui vient de sauver une virginité disparue depuis longtemps.
« Eh mais t’es grave toi. J’aurai pas aimé qu’il me viole mais lui au moins c’est un homme t’attend pas à ce que je te remercie ou à ce que je te fasse la bise. »
« N’ayez crainte Gertrude, ma récompense n’est pas de ce monde »
« J’espère bien parce que c’est pas humain de puer comme ça. »
Ainsi une foi encore, Captain Pitié fut si lamentable qu’il permit aux simiesques de s’en sortir sans violences.
· 22h49 :
Franck est déjà loin, Brigitte a retrouvé son appartement aussi stérile qu’un chiotte automatique, Eddy retire son bonnet et le remet dans son baluchon quand la police arrive en force avec trois voitures. Elle décide alors de faire son travail et de protéger une femme qui n’est plus là. Eddy évite de justesse la fureur de la justice et tout fini bien.
Pour être honnête si ils ne l’ont pas tabassé et embarqué c’est pas parce qu’ils ont été justes. C’est parce que leurs voitures sont climatisées et qu’une telle boule puante leur était insupportable. D’ailleurs même si c’était lui qui l’avait violée ça aurait été du pareil au même.
Captain Pitié :1 Société : 0
PS : Que vous payez des impôts ou que vous achetiez un pack d’eau, c’est vous qui payez leur salaire alors n’hésitez pas à vérifier l’intégrité de vos employés, Captain Pitié ne sera pas toujours là pour vous protéger.
P SS : Ne soyez pas trop prompts non plus à l’envoyer sous les barreaux, la justice n’est pas un fait mais une conception de l’esprit.
- FINE -